Projet réalisé dans le cadre du Consortium industriel FactoryLab, mené par le CETIM en collaboration avec le CEA-List, Safran, SLB, Stellantis, NAVAL GROUP et Altermaker.

Contexte
Il a été montré que les données environnementales présentes dans les bases de données environnementales et relatives aux procédés des End-Users ne sont pas suffisamment représentatives des procédés mis en œuvre au sein de leurs usines. Pour obtenir des données fiables, robustes et représentatives des procédés, des études environnementales propres à ces procédés et équipements de production sont nécessaires.
Par ailleurs, l’évaluation des impacts sociaux dans les entreprises reste encore marginale. Pour l’évaluation des procédés, elle est encore moins mature voire inexistante dans une perspective cycle de vie. Pourtant, dans une approche cohérente du développement durable, l’évaluation de ces impacts couplée à l’évaluation environnementale semble très pertinente, notamment pour éviter les transferts d’impact de l’environnemental vers le social lors des prises de décision dans une optique d’amélioration continue des procédés ou lors de l’implantation de nouveaux sites de production.
L’objectif principal de cette étude est donc d’affiner une méthodologie d’analyse environnementale de cycle de vie (AECV) adaptée aux procédés et la compléter avec une approche d’analyse sociale du cycle de vie (ASCV). Cette expérimentation doit permettre de tester l’ASCV sur les procédés, d’en définir son applicabilité, ses apports et ses limites. Dans cet objectif principal, il était également question de répondre à 3 sous-objectifs :
- Contribuer à apporter une méthodologie d’aide aux choix d’investissements de machines en proposant des critères environnementaux et sociaux;
- Connaître l’impact environnemental et social des procédés étudiés et identifier des leviers d’action pour réduire l’impact de l’équipement de production;
- Comparer l’impact environnemental et social de procédés.
Cas d’usage et étapes du projet
L’étude a été menée sur 3 cas d’usage : un tunnel de lavage chez Safran Aircraft Engines, un poste de soudage manuel pour NAVAL GROUP et un poste de soudage semi-automatique chez SLB.


Dans les 3 cas, l’objectif est de tester la méthodologie d’analyse de cycle de vie environnementale et sociale, d’en tester la robustesse pour une application généralisée aux équipements de production.
Afin de mener à bien ce projet, il a été dans un premier temps nécessaire de réaliser un état de l’art sur les méthodes d’évaluation des impacts sociaux afin d’identifier l’approche la plus pertinente pour les procédés industriels : l’ASCV. Puis, une démarche participative impliquant les End-users a permis de sélectionner les catégories de parties prenantes et sous-catégories d’impact social d’intérêts. Enfin, cette première étape a permis de définir précisément le périmètre des études, les unités fonctionnelles, les bases de données pour réaliser l’AECV et l’ASCV.
La deuxième étape qui est clé dans la réussite de ces évaluations est la collecte de données pour réaliser les inventaires des flux entrants et sortants des procédés en question. Cette étape est particulièrement délicate et chronophage mais essentielle à la qualité des résultats qui en découlent.
Enfin, la modélisation s’est faite sur des logiciels dédiés et reconnus sur le marché. L’étude d’AECV sera également testée sur une nouvelle version du logiciel développé par Altermaker qui vient en complément de l’ancienne version pour être encore plus ergonomique et adaptée aux procédés industriels notamment pour coupler facilement plusieurs étapes dans un procédé.
Résultats
Grâce à cette méthodologie, les données environnementales et sociales sont calculables et pourraient contribuer aux choix d’investissements de machines.
Par ailleurs, la méthodologie permettrait d’alimenter les réflexions en amont des projets industriels, notamment lors de la définition de cahiers des charges pour l’acquisition de nouveaux équipements de production, ou encore pour comparer différentes options selon des critères environnementaux et sociaux.
Enfin, certaines limites ont pu être identifiées et notamment en ce qui concerne la disponibilité et la qualité des données nécessaires à l’AECV et l’ASCV. Pour pallier ces difficultés, il est recommandé de privilégier des fournisseurs capables de fournir des informations fiables sur les impacts sociaux et environnementaux de leurs équipements. À défaut, la méthodologie peut également être appliquée à des procédés existants afin d’optimiser leur performance en identifiant les intrants (matière première et/ou énergie) ayants le plus d’impact social et environnemental.
Conclusion & perspectives
Il s’est avéré pertinent pour les industriels de pouvoir mieux appréhender l’évaluation de leurs procédés de production. L’AECV adaptée aux procédés leur a en effet permis de pouvoir comprendre les causes d’impact et de prioriser les actions à mener pour réduire leur empreinte environnementale y compris sur la consommation énergétique. De plus, afin de compléter cette vision pour produire plus durablement et éviter des transferts d’impact, l’expérimentation de l’ASCV était également pertinente car elle permet d’identifier les impacts sociaux tout au long de la chaine d’approvisionnement des procédés industriels. Si la maturité méthodologique de l’AECV est plus avancée que celle de l’ASCV, cette dernière permet toutefois d’évaluer des risques et opportunités sociales. Cette évaluation a pu être réalisée à moindre coût en se basant sur le modèle développé pour l’AECV. Cette approche facilite aussi l’interprétation et accroit la cohérence des deux analyses. Par ailleurs, l’implication des parties prenantes dès le début du projet pour le choix des catégories d’impact est primordiale mais est délicate car elle nécessite une bonne appropriation des enjeux de ces choix, du périmètre considéré et un alignement de vues entre plusieurs parties prenantes internes de l’entreprise sur la matérialité des impacts pour l’entreprise. En conclusion, cette expérimentation a ouvert la porte sur l’importance de combiner l’AECV et l’ASCV et vient en support des stratégies d’entreprise dans leur trajectoire RSE et leur politique d’achat.
Auteur : Sylvaine SAINT-JALMES, chef de projet SustainableProdScore, CETIM.



